Jésus le sauveur des élèves en difficulté
Je vais vous parler du nouveau réseau d'aide du mammouth.
J'ai un élève (parmi d'autres) en difficulté face à la langue française, il y en a quelques uns car nous avons dans l'école deux CLIN, c'est à dire des classes d'intégration pour élèves non francophones.
C'est un travail supplémentaire, pas facile quand on les a dans nos classes, mais par contre, je trouve super cette mosaïque de nationalités dans la cour et dans les différentes activités. Chère Marine, cette phrase est pour toi.
On a des Mongols, des Georgiens, des Russes, des Grecs, des Espagnols, des Brésiliens, et j'en passe.
Mais le mammouth n'est pas gentil. Ces effectifs ne comptent que pour moitié, donc, j'ai une classe de 30 enfants, dont 5 qui ne parlent presque pas notre langue, ne comprennent pas tout ce que je leur dis, et à côté, je dois leur faire apprendre notre grammaire, notre conjugaison et j'en passe.
Donc ces élèves qui ne comptent que pour moitié, demandent trois fois plus de boulot, avec en prime des séances de traduction parfois épiques.
Genre : "B. tu peux demander à V de traduire du Georgien en Russe pour que tu puisses expliquer à Z ce que je dis ?" (parce que V, il ne comprend rien à rien, à part le Georgien et le Russe, ce qui n'est pas si mal.)
Il m'est même arrivé de sortir du fond de ma mémoire une phrase en portugais pour en réveiller un.
Celui dont je vais vous parler aujourd'hui n'est pas français, et en plus il plane. Il parle bien chez lui selon les parents, parfois il se met à pipleter, donc il doit parler un peu. Je le prends en aide personnalisée, mais il se repose dessus, et a tendance à attendre que le temps passe.
Donc, hier soir, entretien avec le papa, à cheval sur deux langues. Je m'inquiète de la passivité du schtroumpf. Il promet de faire le nécessaire, il promet d'ailleurs depuis septembre, mais bon, le tout très gentiment avec un beau sourire.
Durant l'entretien, le schtoumpf en question attend que ça se passe.
J'insiste encore, j'en remets une couche avec le sourire, mais quand même.
Et le papa :
"Avec le seigneur jésus, ça va s'arranger"
moi : Oh mais il a dit "aide toi le ciel t'aidera", il faut quand même qu'il se bouge !
lui : mais si , ça va aller madame, merci beaucoup pour votre travail, que le seigneur vous bénisse.
Donc je suis bénie, le schtroumpf aussi, le mammouth peut continuer à hiberner, tout va pour le mieux dans le monde de l'éducation nationale, nous avons un sauveur pour les élèves qui planent.
Amen !
Précis à l'âme.
Certains se souviendront peut-être de cette expression que j'aimais beaucoup, et que j'adore toujours.
Oui, nous avons des états d'âme, mais aussi des précis à l'âme, des certitudes. C'est assez fantastique d'en avoir, c'est voir clair en soi, et savoir où l'on va, où l'on veut aller.
Une évidence pour moi aujourd'hui : ne pas vivre à genoux. Il n'y a aucune connotation religieuse dans ceci. Certes, je ne suis probablement plus croyante, et ce, depuis la mort de mon père, mais ce n'est pas grave, cela ne me tracasse pas plus que ça.
Il était croyant, Franc Maçon, mais refusait d'être à genoux, et je crois que je suis pareille.
Je déteste me soumettre, je l'ai toujours détesté. Je pense que mon "Burn Out" en a été une des conséquences, je devais trop plier devant une quantité énorme de difficultés. Certaines liées à mon travail, à ce cher mammouth, et d'autres d'ordre privé. Alors je me suis battue, rebellée, et je m'en suis épuisée. Trois ans hors circuit, n'ayant qu'une idée en tête, aller mieux, me protéger. Surtout pas me complaire contrairement à l'idée que je pouvais donner, mais me protéger pour vivre.
Le mammouth a été efficace sur ce plan, je dois bien le reconnaître, il m'a protégée, parfois je pensais que je pouvais redémarrer, puis lui, disait que non.
Et voilà, un poste en primaire, avec une façon différente de procéder. Que ce soit dans ma vie privée ou dans mon travail.
Jamais à genoux, juste raisonnable.
Trop de boulot ? J'en fais moins, après tout ils n'ont qu'à nous donner plus de moyens.
Des cas difficiles ? Je ne suis pas psy, je protège les autres enfants tant bien que mal.
Des collègues un peu trop syndicalisés ? Je pars en claquant la porte si ça voile leur professionnalisme.
Et puis dans tout ça, il y a moi. N'en déplaise à autrui, je m'écoute.
Sommeil ? Au lit. Et magnésium si Morphée se fait désirer.
Envie de bouger ? Je bouge où je veux, vive Rennes.
Des soucis financiers ? Heures supplémentaires.
Je ne suis plus couchée, et encore moins à genoux, je suis debout, sachant que lorsque j'en ai besoin, je me pose.
Tout est là, savoir ce dont on a besoin, le prendre, viser le possible, et l'atteindre. Bien sûr, il faut une certaine humilité dans nos objectifs, ne pas viser trop haut, connaître ses limites... Et les dépasser si on peut, sinon, non. Ce n'est pas baisser les bras, c'est être juste avec soi-même.
Alors les gens, surtout n'exigez pas de vous-même ce que vous ne pouvez donner. Il faut s'évaluer, et si on a visé juste, y aller à fond. Si on s'est trompé, l'accepter et arrêter. Ce ne sera pas un échec, juste une auto-évaluation et l'adaptation requise.
Mais jamais être à genoux, surtout devant soi même.
BREF !
Bref ! J'ai mal commencé ma journée :
C'est mon jour de repos, je dors, le téléphone sonne : une administration à qui j'ai envoyé deux fois le même dossier, et qui veut le deuxième, le vrai tout de suite.
Je me mets sur mon pc, je galère, je recommence, mon fils vient m'aider, il recommence, le bon dossier est envoyé. Il part en retard au boulot, et moi je suis au radar.
Je me fais un déca pour me recoucher.
Pas possible, les travaux prévus aujourd'hui que j'avais oublié commencent, donc je me refais un café.
Je veux de la musique, mais l'ampli est en rade depuis dimanche. Je bidouille les raccords, et enfin la musique est là.
Je me dis donc que puisque je suis levée, je vais m'avancer dans mon travail.
Pas de connection internet.
Je reboote la freebox, toujours rien.
Bref, j'allume mon pc portable, lui capte le wifi.
Mais : j'ai pas mes dossiers sur ce pc.
J'ai la musique, mais c'est tout.
Je redémarre le pc, j'ai enfin le net.
Mais je n'ai plus envie de travailler.
Bref : j'ai mal commencé ma journée.
En réunion.
Nous étions en réunion pour toute la journée, et ce texte a circulé.
Je m'en suis emparée avec délectation, et je vous le transmets.
"Si je veux réussir
à accompagner un être vers un but précis,
je dois le chercher là où il est
et commencer là, justement là.
Celui qui ne sait pas faire cela, se trompe lui-même
quand il pense pouvoir aider les autres.
Pour aider un être,
je dois certainement comprendre plus que lui,
mais d'abord comprendre ce qu'il comprend.
Si je n'y parviens pas,
il ne sert à rien
que je sois plus capable et plus savant que lui.
Si je désire avant tout montrer
ce que je sais,
c'est parce que je suis orgueilleux
et cherche à être admiré par l'autre
plutôt que de l'aider.
Tout soutient commence avec humilité
devant celui que je veux accompagner :
et c'est pourquoi je dois comprendre
qu'aider
n'est pas vouloir maîtriser
mais vouloir servir.
Si je n'y arrive pas,
je ne puis aider l'autre. "
C'est un texte anonyme, dommage, je chercherais d'autres écrits de lui. En attendant, il va être affiché dans ma classe.
Par où commencer ?
En fait pour commencer, je sais.
Je vais citer mon Pulsahr, qui a résumé la carrière d'enseignant en une phrase très simple : "Prof ? 20 ans de ZEP, 5 ans de dépression et 5 ans dans un poste tranquille!"
C'est un peu basique, mais assez vrai. Je le constate tous les jours, je croise beaucoup de collègues débutants, et soit ils acceptent d'être brigade, ou alors parfois un poste fixe difficile pendant au moins une décénie.
Le poste tranquille, cela n'existe pas, mais il y a des postes sympas.
Le mien !
Je voulais absolument des cycle 3, car j'en ai l'habitude, j'étais nommée dans une école où deux postes étaient vacants : cm1/cm2 et ce1. J'ai donc demandé les grands, mais l'autre collègue a fait du forcing pour les avoir. Je n'aime pas les combats vains, et elle m'a un peu mis la pression, j'ai capitulé.
Résultat :
Je m'éclate avec mes petits schtroumpfs de Ce1, et elle fait un début de dépression car sa classe est très difficile. Toutes proportions gardées par rapport à la ZEP.
J'adore ma classe ! Gad c'est les suchis, moi les Ce1.
Le jour et la nuit par rapport à celle du jeudi de l'année dernière.
Mais n'allez pas croire que j'ai une planque. Il existe une classe spécialisée : CLIN, c'est une classe d'initiation pour non francophones. Et nous en avons deux. Toutes les nationalités sont représentées, de la Mongolie à la Russie, en passant par la Chine et la Roumanie. La Roumanie nous fait recevoir beaucoup de Rom's, et c'est assez particulier.
J'ai 5 élèves dans ma classe, intégrés progressivement, et deux qui ont déjà atteint leur quotat de 12 mois en CLIN, donc ils doivent être à temps plein dans leur classe, même s'ils ne comprennent pas grand chose à ce que je dis. (Et aussi au mal que j'ai eu à retenir leur prénom, leur nom pas la peine d'y penser).
Bref, le gouvernement les accueille, ce qui je dois le dire m'a d'abord étonnée, ils ont droit à 12 mois en CLIN pour apprendre le Français, à lire et à écire, et après , on se débrouille et eux aussi. Même que les Roms sont accueillis d'office car ils sont citoyens européens, mais par contre, les adultes n'ont pas le droit de travailler. Elle est pas belle la France ?
Imaginons ce genre d'intégration en ZEP ! Non, je ne préfère pas.
J'ai donc beaucoup de travail, mais ......................... J'adore ma classe !
Ma troupe va bien, mes collègues sont supers (à part quelques uns bien sûr), ça reste un métier fatiguant, et je n'ai plus 20 ans.
Mais ......................... J'adore !
Journal de brigade.
L'école du jeudi, cette école de fous, les collègues ne se rendent même plus compte qu'ils vont mal. Et les enfants, je n'ai pas toujours les mots.
Parfois il m'échappe des : "qu'est ce qu'ils sont cons !" aussi des adjectifs tels que nuls, frappés, formatés, à formater, psychopathes, bref, ça part en jet à la pause clop, et nous en sommes tous là.
J'en ai deux vraiment terribles. Sans parler des 22 autres.
L'un est prématuré, fils d'alcooliques, et totalement disjoncté, il ne peut se taire, ni rester assis, ni faire preuve d'un comportement normal vis à vis des autres. Parfois, je craque, il sort, on se le refile à tour de bras, pour tenir. Il est souvent préférable de l'expulser, car on serre vraiment les mains pour ne pas giffler.
L'autre, comment dire : vous voyez les "casquettes", ceux qui se trimbalent en pantalons qui tombent, avec bien souvent une capuche pour clore le tout. Lui, il cumule, casquette plus capuche par dessus, dans la cour on ne voit plus sa tête, tant il est caché par tout ça. Sauf que lui, il n'a que 7 ans.
Je suis assez souvent, pour ne pas dire toujours en train de le suivre de très près, ne serait-ce que pour qu'il bosse un minimum. Une fois sa réaction fut : "Vas-y ! J'ai pas envie de le faire ton truc !" Dans ces cas là, je reste calme, et ça l'énerve, alors, la dernière fois, il a déchiré son cahier, et s'est mis à se taper la tête sur la table. Il s'est arrêté quand il en a eu assez. Bien sûr, le soir, je suis épuisée.
Et puis il y a la maternelle, des petits schtroumpfs normaux, craquants, et des parents adorables, il y a aussi des enfants difficiles, mais 5 sur 25, au lieu de 21 sur 22, ça aide.
Le même tous les vendredis soir, a sa maman en retard, la règle veut que dès 16h40, si les enfants sont encore là, je les emmène à la garderie. Résultat, il reste souvent avec moi, passé 16h30. 16h40 arrive:
"Maîtresse ! Tu attends un petit peu, maman va arriver !
Il est inquiet, il n'aime pas la garderie, il se sent abandonné quand je l'y mets.
- Oui, mais tu sais il va être l'heure, je vais m'en aller.
- tu as un petit garçon à aller chercher ?
- non, j'ai mon week end à aller chercher."
Il se triture les mains, indifférent à ma métaphore, pour eux, nous n'avons pas d'âge, je suis maintenant maman potentielle d'un petit garçon à aller chercher. Je range mon matériel, j'ai hâte d'être en week end, il m'observe :
-peut-être que maman elle va bientôt arriver en courant ?
Alors je regarde par la fenêtre, et je vois la jolie maman arriver en courant, je le rassure, oui, elle arrive, ses joues roses ont l'empreinte d'un sourire.
Maman est là, il serre derrière lui, les cadeaux pour la fête des mères, et ne la laisse pas approcher pour qu'elle ne voie pas. Alors je convie la maman à rester devant lui, et à marcher à reculons pour ne rien regarder. Elle le fait, ils s'en vont tous les deux, l'une en arrière, l'autre en avant, ses petites mains cachées.
Je prends mes affaires, et je pars, j'ai toujours un regret, l'épuisement du jeudi, qui m'empêche de profiter davantage de cette classe. Mais bon, je fais ce que je peux, et je vais à la rencontre de mon week end.
Juste pour parler de mes vacances.
J'ai passé un séjour fantastique en Brocéliande.
Le début fut un week end où mes trois enfants ont pu me rejoindre, ma fille avec son copain, l'osmose était parfaite, nous retrouvions plein de souvenirs, nous nous sommes promenés, la soirée a été marrante comme tout, et la nuit bien qu'un peu courte, n'a été rognée que par des fous-rires.
Bref : que du bonheur.
Je suis restée le lundi quand ils sont repartis avec "belle-maman". La femme de mon père décédé il y a un peu plus d'un an, elle est amoureuse de la région, et nous avons fait des balades pas possibles, des heures de randonnée, au sein de sites fantastiques, car capables de me faire galloper une demie-journée non stop.
Rentrée le samedi matin, j'ai réveillé la jeunesse à qui j'avais prêté mon appartement, et ce fut bien agréable de replonger dans le quotidien, avec une jeune fille aussi belle et pleine de vie : Gwenn, la meilleure amie de Rhalph.
Ensuite mon fils est venu rejoindre ses amis chez moi, et ils sont allés se promener Place St Anne, le samedi c'est la place la plus vivante que je connaisse.
J'ai retrouvé le"matériel", et sans trop de joie je l'avoue, j'ai vaqué sans plaisir aux occupations ménagères. Il faut dire que bien que ressourcée, j'avais du vague à l'âme d'avoir quitté mon endroit de prédilection et de plus je me faisais du souci pour mon fils, en pleine séparation et cohabitant malgré tout avec son "ex".
À 20h, je m'écroule, et je m'endors profondément, et, fait rarissime, je prends mon téléphone près de moi.
Vers les 1h30 du matin, au milieu des brumes de l'univers de Morphée, je crois entendre sonner, j'ai du mal à m'extirper du sommeil. Je vois que c'est mon fils qui m'appelle. Au bout de la deuxième sonnerie, je réagis, mais trop lentement, alors j'appelle.
"Je suis avec M, elle m'a frappé alors je me suis défendu", ses propos sont hâchés, je sens le stress, et M qui hurle par dessus, je ne dis qu'une chose, "j'arrive".
Je m'habille en hâte n'importe comment, et je saute dans ma voiture, encore endormie, mes yeux sont secs j'ai du mal à voir la route, mais il n'habite pas loin.
J'arrive, il s'inquiète pour elle et ne veut pas la laisser, moi, je veux les séparer, ils finissent par se calmer, et finalement après avoir eu la mère de M, Rhalph décide de venir chez moi.
Alors à 2h du matin, on emballe ses affaires, si bien que de retour à la maison, il déballe tout, monte son pc, car il a besoin d'évacuer, et je me couche à 4h, en me disant que j'avais bien fait, d'aller au lit quand j'en ressentais le besoin.
Donc me voilà avec un de mes schtoumpfs, chez moi, dans des circonstances difficiles, surtout pour lui, il peut le vivre comme une régression, et j'essaie de faire au mieux.
C'est à dire en fait que je "le laisse tranquille, tout en étant là au cas où", je réapprends un rôle de mère différent, et du coup, je n'ai encore rien fait pour ma rentrée.
Et son chat et le mien ne font pas bon ménage: ça fèle à tout va dans l'appartement, on les isole la nuit, et on doit arrêter pas mal d'échaffourées.
Voilà, nous sommes lundi, et il faut que je travaille, que je saute les deux pieds dans le réel, je dirais pour conclure, que ce séjour magnifique a eu sa raison d'être.
Nous y retournerons vite.
Ce n'est pas tous les jours l'enfer et heureusement.
Hors sujet :
Si vous passez par là, n'hésitez pas à mettre un petit commentaire, même s'il n'a rien à voir avec ma note, cela me donnera moins l'impression de parler à mon écran. ♥
Je profite du répit avant que le téléphone ne sonne pour m'envoyer je ne sais où. J'avoue que cette incertitude de chaque matin ne me convient pas, mais une fois en place, je m'éclate.
1)
Je suis en "aide" dans un CE1 que j'affectionne particulièrement, aussi bien les enfants que la collègue.
Elle se lance dans une séance de vocabulaire, sur le suffixe "ette" qui signifie petit.
Le premier mot est "fillette", les enfants comprennent très bien que ça veut dire petite fille, même si à 7 ans ces demoiselles ne se considèrent pas du tout comme des fillettes, non mais !
Ensuite sont attendus les exemples des enfants, ou plutôt leurs trouvailles :
- "poule mouillette" ? Sincère le gosse, la lâcheté n'a pas d'âge, moi, je sors mon crayon et mon bloc notes, et je me marre discrètement, la collègue sait que je note, et on se regarde de temps en temps.
- "omelette" ? La maîtresse, : "c"est quoi une omelette ? L'enfant : "un petit homme ?"
- "charrette", c'est dans le texte, il a triché, mais ne voit pas du tout ce qu'est un char, alors il se met à rêver à autre chose.
- "brouette" ? Et moi de chercher dans le dico l'étymologie du mot, suspens dans la classe, les élèves me regardent, raté, ça ne fonctionne pas, du moins pas à notre connaissance.
Bon ils vont arrêter de trouver des exemples qui fichent en l'air les objectifs de l'instit ? Mais non !
- Trompette, (là je parle de la grande trompe de l'éléphant, ouf ! )
- une boîte aux lettres
- une tête
- une bicyclette, là, on est un peu embêtées.
-une maisonnette. Ouf ! Merci le schtoumpf, on va y arriver.
Je dois dire qu'ils sont mignons, à aucun moment l'un d'eux, même en catimini prononce le mot redouté "quéquette", je dois avoir l'esprit mal placé.
Puis le téléphone a sonné, je me suis retrouvée dans une classe, avec des enfants, avec lesquels la conversation a été jusqu'aux origines du colonialisme. Un profond changement, une journée de vacances.
2)
Deux jours après, même classe.
Elle aborde le 11 novembre après leur avoir fait étudier le calendrier. Faire comprendre aux enfants qu'ils ont eu classe un mercredi pour faire le pont n'est pas simple. Mais la perspective de 5 jours tranquille les motive. Nous aussi.
"Alors quelqu'un sait ce qu'il y a le 11 novembre ?"
- on va changer le nom de l'école
- on va changer d'année
"Vous savez, vous n'étiez pas nés"
-si : nos anciens parents !
-ils en ont parlé aux informations, ils ont cassé des pierres. (c'est ce que l'enfant avait retenu du vandalisme dans un cimetière juif) .
- Si je sais ! C'est la fête du mouton !................................. Couleur locale *^-^*
- c'est la grève, on lance des cailloux.
En fait ils en ont marre, la maîtresse va expliquer avant qu'ils ne s'endorment, mais une fillette, n'a pas tout à fait décroché de son quotidien.
- "Est-ce-que pour Noël on aura la fête foraine."
Nous la rassurons, c'est la tradition dans notre ville, place à l'histoire.
Mais je préfère la version des enfants.
Deux remplacements ...
Un remplacement dans une classe.
Au début je suis très motivée, connaissant les personnages, je m'investis totalement, voire même à 200%
1), Calcul mental sur ardoise, niveau facile pour ne pas déclencher la tempête.
"Vas y maîtresse ! Il a marqué un gros mot sur l'ardoise !"
Force m'est de constater que l'enfant, puis d'autres, ont écrit côté recto, "PD", ce qui permet à ceux qui sont derrière, de s'en repaître, lorsqu'il brandit son résultat.
Bien entendu il recommencera, mais je ne capitule pas.
2)Exercice sur cahier, ils n'ont pas de cahier du jour, il y a bien longtemps que c'est abandonné par le collègue, mais je suis pour, cela permet un suivi.
Donc, j'instaure :
Exercice très facile pour ne pas les braquer, orthographe de "a ou à", ils y arrivent tous lorsque la séance est collective, mis à part les lancer de crayons et de gomme. Mais bien entendu j'ai droit à :
"vas-y maîtresse, j'ai rien compris !"
"Je ne le fais pas ça me gonfle !"
"Maitresse, il a dit des gros mots ce PD !"
J'interviens, l'énergumène se fâche, s'énerve, et lance tout un tas de "enculé" "enculé de ta mère!"! (j'ai toujours trouvé cette expression stupide car infaisable, mais je me suis toujours abstenue de leur démontrer) .
Je le prends à bras le corps et je le maintiens de force pour qu'il se calme.
J'y arrive.
Puis l'autre pas content d'avoir entendu "enculé de ta mère", lui dit à voix basse, "petite bite", "tu pues du cul".
Et hop, un autre à maintenir.
3) Arrive le moment de la sortie, avec bien entendu descente des escaliers, je suis inflexible, j'y arrive à peu près.
Et je rentre chez moi.
J'appelle le mammouth, une dame gentille qui me suit depuis trois ans.
J'explique, que étant à mi-temps thérapeutique, il me semble peu logique que j'aie cette classe dont le collègue est en train de s'effondrer. Elle est d'accord avec moi, et me met en rapport avec le service concerné. J'accepte de finir la journée, mais je ne suis pas bien.
Malheureusement, et en même temps cela me rassure, le collègue est en ligne de mire pour inefficacité. Ceci malheureusement explique une partie du problème.
Mais ça je ne l'ai su qu'après. Sinon, je n'aurais pas téléphoné.
L'après midi il y avait sport, l'intervenante est étonnée de me voir arriver à l'heure.
Mais aucun moyen de mettre en place l'activité.
Tout doucement, je me retire mentalement de la gestion, nous décidons ensemble de les laisser perdre leur temps, c'est une question de survie.
Je passe sur les bastons qui les amusent beaucoup, sur les punitions.
Le directeur dit qu'il n'en peut plus. *^-^*
Certes il intervient quelques minutes dans la journée.
Moi je suis déjà ailleurs dans ma tête, je ne me dévalorise pas, j'accepte l'idée que je ne peux pas les gérer, car je ne suis pas la seule. Des collègues : "Ah ! C'est toi qui as pris cette classe ! Mais comment tu as fait !"
"tous les remplaçants disent qu'ils n'ont jamais vu ça!"
Je m'attarde à 16h30, on a toutes besoins d'évacuer. Tout le monde a les yeux cernés, et arrive dans la salle des maîtres en poussant un gros soupir. La discussion est animée, je ne parle plus beaucoup. La seule chose que je sais c'est que je ne prendrai pas la classe le lendemain.
Le lendemain, on m'appelle.
"J'ai un petit remplacement pour vous"
♥♥♥
J' y cours, j'y vole, je connais le quartier, aucune inquiétude, j'ai fait le pire, double niveau, ça m'est égal.
Je suis accueillie comme le messie, car les élèves sont répartis et les classes surchargées.
Je ramasse mon petit monde, et hop en classe.
Un niveau normal, des enfants normaux, certains me sont présentés comme des cas, mais ce sont des anges.
Je travaille, je m'investis, mais en fait je me repose, c'est une journée de vacances, de plaisir. Eux aussi sont heureux comme tout de leur journée.
"Maîtresse, tu sais, je n'ai pas une vie facile ! Mes parents divorcent."
Et elle parle, tout en s'assurant qu'elle ne me dérange pas. Petit bouchon pris comme un cas, car ses parentes divorcent.
Où est la vraie souffrance ?
Chez ces gamins de ZEP sans repère ?
Chez des enfants de Zone pavillonnaire ?
Chez les enseignants épuisés ?
Je pense qu'elle est partout, la souffrance n'a pas de couleur et pas d'âge. Et vous ?
Questions pour le mammouth.
Dis mammouth ? J'ai plein de questions !
...
Je peux te demander des trucs ? Plein de trucs ?
...
Pourquoi les écoles elles sont pas toutes pareilles ?
...
Hein ? Dis moi !
...
Aujourd'hui, j'en ai vu une très jolie. Dans la campagne, toute neuve, même que je me suis perdue pour la trouver !
T'entends ce que je dis ? Dis moi !
...
Celle de demain, je l'ai déjà vue, elle est pas toute belle ! Elle est vieille !
T'entends ? Hein ?
...
La jolie école de la campagne, elle avait des enfants qui avaient un joli vélo ! Et même qu'ils avaient des jolis casques !
Tu vois ?
...
Et même que dans les classes, yavait plein de livres tous neufs, pour les maîtresses et les enfants !
Mais beaucoup plein !
Tu te rends compte ?
...
Dans celle de demain, j'ai pas encore vu de livres. Peut-être qu'ils sont encore dans des cartons ? Hein ?
...
Autour de l'école de la campagne, il y avait plein de jolies maisons. Avec des fleurs aux fenêtres, et beaucoup d'arbres. C'était joli tu sais, tu sais ? Dis !
...
Dans l'école un peu vieille, ya que des immeubles, mais quand même un peu d'arbres. Et des fois, on ne voit pas le soleil. Tu te rends compte ?
...
Dis mammouth, je comprends pas :
Pourquoi à la campagne les maîtresses sont jolies, et pourquoi dans l'école un peu vieille, elles sont un peu vieilles et beaucoup fatiguées. ? Dis- moi !
...
Pourquoi à la campagne, il y a moins d'enfants dans les classes, et plus dans les vieilles écoles ?
...
Pourquoi dans les vieilles écoles, ya pas de micro ondes, alors qu'à la campagne yen a deux !
...
Et pourquoi, à la campagne, la photocopieuse est neuve, et dans la vieille, elle est toute pourrie ?
...
Et pourquoi tu ne réponds pas. Tu es sourd ?
C'est alors que le mammouth sort de l'ombre, on peut voir qu'il a un bandeau sur les yeux, et donc qu'il ne peut rien voir.
C'est à se demander si :
- quand on ne voit rien.......
................... On ne peut rien entendre.
Pourquoi le mammouth il est sourd et aveugle ? Hein ?
